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Les Correspondances
Hervé Billaut, piano
- Claude Debussy : L’Isle Joyeuse – Estampes
- Modeste Moussorsky : Tableaux d’une exposition
Dès le premier coup d’œil, on aperçoit que, parmi les trois titres, deux sont directement liés à la peinture, sans mentionner le rapport évident entre L’Isle joyeuse et L’Embarquement pour Cythère de Watteau. En effet, ce programme décline différentes représentations sonores de sensations visuelles. N’est-ce pas intéressant de comparer les façons employées des deux compositeurs ? L’art de Debussy ne se veut pas descriptif, mais plutôt suggestif, il privilégie la sensation. Les Estampes sont trois morceaux à trois horizons contrastés : l’Extrême-Orient, l’Espagne, l’Île-de-France. Mais ce qu’ils nous montrent dans la musique ne sont que des couleurs variées : dans Pagodes, quelques thèmes pentatoniques et leurs transformations suffisent pour nous plonger dans ce paysage lointain. Avec son mode mauresque, la soirée dans Grenade nous donne à voir, à entendre, à respirer des éclats des costumes, des guitares, des accents véhéments ou des soupirs étouffés... Dans Jardins sous la pluie, puisqu’on y entend « Dodo, l’enfant do » avec son diatonisme naïf, ce sont les jardins français comme s’ils étaient vus par un enfant au travers de la vitre mouillée. Dans L’Isle joyeuse, Debussy nous met dans une ambiance lumineuse. De ces trilles et triples croches fantasques du début, au brusque éclair de feu au tréfond du clavier de la fin, on voit une danse sur un mode lydien, un chant lyrique au-dessus des vagues d’arpèges en quintolets... Mais là-encore, rien n’est véritablement précisé.
Moussorgski use d’une représentation plus pragmatique : Tableaux d’une exposition utilise un leitmotiv intitulé Promenade qui varie tout au long de la pièce, où le musicien s’est représenté lui-même, flânant parmi les tableaux. Dans cette musique, s’incarnent réellement des figures devant soi... tout cela ne renonce pas aux pyrotechnies pianistiques et conclut sur un impressionnant tableau final où le piano de la version originale rivalise sans peine avec l’orchestration que Ravel en fit plus tard.
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