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Philippe Berrod, clarinettiste

Philippe Berrod, clarinettiste-solo de l'Orchestre de Paris, invité du Concert de Midi du vendredi 1er avril 2011

Philippe Berrod-2.jpgInterview réalisé par Eloïse Sauvion

Des moments fulgurants, de la virtuosité, de l'humour, de l'ambiance et de l'émotion… de tels concerts peuvent être une révélation !

Pourquoi avez-vous accepté l’invitation des Concerts de Midi cette année ?

C'est en fait la deuxième fois que je viens jouer pour les Concerts de Midi. L’an dernier, le thème suggéré par Jean-Pierre Bartoli était le romantisme et Pascale Meley, violoniste d'un des quatuors de l'Orchestre de Paris, m’avait invité à participer au sublime quintette de Brahms avec clarinette qu’elle désirait jouer aux Concerts de Midi. J'avais beaucoup aimé l’ambiance chaleureuse et vivante de ce premier concert à la Sorbonne. Nous avions une belle acoustique, généreuse pour ce genre de formation, mais aussi une très belle complicité avec le public grâce aux commentaires de Jean-Pierre Bartoli. La durée (moins d’une heure) était idéale car le concert était concentré, intense. L’occasion s’est représentée cette année et le thème proposé par les Concerts de Midi, "Musique savante, tradition et folklore d'Europe centrale", m'a donné envie de monter mon programme avec des amis de l'Orchestre de Paris. J'ai fait en sorte que le concert soit souple et rythmé, qu’il laisse la place à l'improvisation et au temps de parole. J'aime beaucoup l'idée de rendre plus abordable le grand répertoire classique dans un cadre ouvert et de pouvoir communiquer notre passion pour la musique dans le temple du savoir qu'est la Sorbonne.

Et pourtant, il y avait peu d’étudiants présents dans le public ce vendredi... Avez-vous une explication à la méconnaissance de la musique classique par les jeunes ? Je suis depuis longtemps habitué à donner des concerts pour un public d'un certain âge, c'est dans beaucoup de salles du monde une constante, sauf lorsque les concerts sont organisés dans le cadre d'un festival d’été à destination d’un public jeune ou familial. Mais je ne connais pas vraiment de jeunes qui soient intéressés par un concert classique, à part quelques étudiants pratiquant eux-mêmes un instrument, ce qui ne représente qu’une petite partie. Peut-être qu’il faut atteindre une certaine maturité pour commencer à s'intéresser vraiment aux musiques du répertoire classique romantique ou contemporain…A chaque âge sa musique ! Mais des concerts conçus pour les jeunes avec des moments fulgurants, de la virtuosité, de l'humour, de l'ambiance et de l'émotion - choses qui existent vraiment dans l'immense diversité que nous offre la musique classique ! -, de tels concerts peuvent être une révélation pour de nombreux mélomanes en herbe.

Vous explorez la musique d’Europe Centrale depuis quelques années (avec le Sirba Octet depuis 2004, au festival d'Auvers sur Oise en 2007). D’où vous vient cet intérêt ?
L’Europe Centrale dispose d’un répertoire à la fois très festif, dansant, mélodieux, sentimental et nostalgique… auquel j’ai été initié lorsque j’ai commencé à travailler avec le Sirba Octet pour le programme du théâtre Mogador. C'est donc la musique en elle-même qui est la source de mon intérêt, et non l'envie de renouer avec de lointaines racines personnelles (qui, en fait, se situeraient plutôt du côté des Pays de Savoie). Jouer ce répertoire me permet d’être un « musicien à tiroirs » et cela me plaît beaucoup de pouvoir être tour à tour classique, romantique, klezzmer ou jazz. C’est une grande chance du métier d’interprète et ce serait dommage de se priver de cette liberté en se confinant dans un genre dont on pense être spécialiste.

Et aujourd'hui, pensez-vous que l'on puisse encore dire que la musique est "une façon de penser et d'exister" ?
Un musicien aujourd'hui est un citoyen comme les autres : il a une conscience politique et vit avec son temps. Cela dit, nous passons tellement de temps sur nos instruments en répétition et en concert que nous sommes parfois dans une bulle loin des réalités. Mais oui, je pense que l'on peut tout à fait vivre la musique comme une source d'inspiration pour la vie de tous les jours ! A l’inverse, c'est aussi la musique intérieure qui nourrit la vie.... c'est ce que j'essaie de mettre en pratique.

Béla Bartók et Milena Dolinova dont vous avez joué des morceaux vendredi sont des fondateurs de l'ethnomusicologie. Ils ont parcouru leur pays pour recueillir et s'inspirer des musiques traditionnelles. Pensez-vous qu'une telle démarche soit encore aujourd'hui possible ? qu'il y ait encore ce genre de "sauvetage" à réaliser ?
Je suis certain qu’il reste de nombreuses pépites dans le folklore musical oublié. Aujourd'hui, il suffit d'un clic pour retrouver des archives sonores de tous les pays du monde. Internet est un outil extraordinaire de connaissance mais aussi une possibilité de banalisation des précieuses informations. Et pour faire revivre l'extraordinaire répertoire de l'humanité, il faut aussi pouvoir le vivre à sa manière, le faire sien et le transmettre.

Le voyage est-il toujours une source d’inspiration musicale ?
Le voyage sera toujours une composante du métier de musicien, une source de découverte et d'émerveillement, un extraordinaire déclencheur d'inspiration pour de nombreux créateurs et rien ne sera aussi enrichissant que de découvrir de nouveaux territoires et univers sonores. Mais un musicien peut aussi vivre, progresser, s’épanouir et créer sans voyager car l'oreille interne est un univers en soi.

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