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Bojan Z, pianiste jazz

Invité du Concert de Midi du vendredi 29 avril 2011
Bojan Z-1.jpgInterview réalisé par Eloïse Sauvion

« En improvisation, il ne faut pas avoir peur du vide ! »



Vous êtes le seul artiste de cette saison à jouer en improvisation. Qu’est-ce que cela a de plus selon vous qu’un concert sur partition ?
L’imprévu ! Le public aime être témoin du processus créatif qui s’accomplit sous leurs yeux pendant une improvisation. Qu’elle se déploie à partir d’une trame ou qu’elle soit une création de l’instant, l’improvisation dégage une énergie folle dans les deux sens : j’ai besoin du public, de son énergie dans ces moments-là, et j’ose imaginer que, réciproquement, ils reçoivent l’énergie que je leur envoie.

Aujourd’hui, vous avez donné un concert d’improvisation jazz en solo au piano et vous parlez d’un rapport privilégié entre le public et vous. Qu’en est-il lorsque vous improvisez au sein d’une formation ?
Lorsque je joue en formation, je choisis les musiciens avec soin, selon leur degré d’envie d’aventure. Il ne faut pas avoir peur du vide ! Ce que le public ressent le plus et le plus immédiatement, c’est la conviction des musiciens. Il ne faut pas laisser de place au doute, il faut croire intensément à ce que l’on fait. La musique est bonne quand l’artiste tient en équilibre entre tension et relâche. L’écoute mutuelle est très importante car même si certains instruments sont plus destinés que d’autres à accompagner le soliste, l’improvisation reste un tissu que l’on tisse ensemble, avec plusieurs fils.

Vous vous décrivez comme un artiste sous de nombreuses influences. Quelle place réservez-vous à l’Europe Centrale, votre région d’origine, dans votre musique ?
Ce qui me lie à la musique d’Europe centrale a la force des souvenirs d’enfance : ce que j’ai vécu à Belgrade jusqu’à mes 18 ans est magnifique et irremplaçable. On peut nous prendre des pays et des territoires mais pas des souvenirs. J’utilise mes origines comme une matière à création, très chargée en émotions, mais ce n’est pas la seule chose qui ait marqué ma vie. Je fais de la musique à partir de la vie, et pas tant d’après des souvenirs musicaux précis. Mais l’Europe Centrale a un répertoire musical énorme qui contient beaucoup de belles chansons dont les rythmes se prêtent à l’improvisation. C’est un répertoire aussi large que celui du folklore américain, à la différence que celui-ci appartient maintenant à des multinationales auxquelles il faut reverser des droits, tandis que le répertoire d’Europe Centrale est resté libre, sauvage.

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